le coeur sur la langue (ça ne goûte effectivement pas si bon…)


Un certain emploi que j’ai peut-être tenu impliquant un vélo et des livraisons m’a obligé à m’exercer le sens éthique, largement à cause du mariage entre un grand nombre de courts échanges verbaux avec des étrangers et un dégré de prévenance qui fluctuait à l’intérieur d’un ambitus d’émotions énorme .

Cela étant dit, il m’est arrivé, suite à une de ces multiples rencontres, de me retrouver aussi froissé qu’une robe de dentelle portée pour faire du motocross. La semaine passée, il me fallait livrer un colis à une employée d’une bibliothèque universitaire. L’affiche du magasin, qui répond parfaitement aux exigences de l’OLF et de la loi 101, laisse croire qu’on y retrouvera des livres et un service bilingue. Erreur.

Voici là où ça devient juteux. Afin de trouver la destinataire, il m’a fallu interpeller un maigre employé au flanc mou, avec des lunettes Woody Allen et un v-neck. Pour ajouter de la vivacité au dialogue, imaginez-le qui parle sur le bout de la langue et qui cante le cou en retroussant les épaules de sorte qu’il ait un léger look vautour.

Moi: «Salut!»

Lui: «Hi!»

m: «Excuse-moi, pourrais-tu me dire où je peux trouver FGDOIGMDF DFOGIHDF?»

l: «Oh yeah sure, she’s right over there.»

m: «Tu veux dire, là-bas ou en bas?»

l: «Downstairs.»

m: «Ça te dérange de signer pour le paquet?»

l: «Yes, I’m busy right now. Just go bring it to her.»

m: «Do you, by any chance, speak French?»

l: «Yes, I do, why?»

m: «I was simply curious as to why you would persist in using English when I address you in French in your supposedly bilingual bookstore?»

l: «I’m, er, sorry, um…»

m: «Bonne journée en tout cas.»

À cela, je ne puis qu’être assez pessimiste quant au sort de la langue française en amérique du Nord… Face à un choix clair entre deux langues dans un contexte d’affaires en servant un client, cet individu s’évertue à persister en anglais; forcément, celle-ci doit comprendre des avantages? Pourquoi l’anglais serait-elle une langue «meilleure»? Qui sommes-nous pour juger de la valeur d’un mode d’expression? Par quels critères arrivons-nous à vulgariser des siècles d’histoire française, anglaise, allemande, chinoise, espagnole, russe, pour établir une normalisation et une gradation de la valeur de leurs langues et de revendiquer la suprémtie de l’une d’entre elles? Cet hubris nationaliste de la part de certains anglophones et francophones au Québec est sans doute à la base des tensions pesantes qui émanent de notre interminable débat linguistique. Le français, c’est sublime. L’anglais, c’est sublime. Mais si l’on tente de s’intimider à en parler l’une ou l’autre, je trouve que l’on tue toute la fascination que peux susciter chacune. La langue, vous ne pensez-pas que ça devrait être pour s’exprimer et non pour s’opprimer?

Tout cela pour introduire la satire musicale à saveur jazz music-hall de l’indomptable Léo Ferré, La langue française.

Léo Ferré – La langue française

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