Soy Québec


Voici la St-Jean arrivée, et l’humidité et la pluie pèse de telle façon que l’on se sent dans le Sud. Les membres langoureux se déplacent comme s’ils étaitent imbibés d’eau. Pour moi, la musique idéale n’est plus celle d’un violoneux à la ceinture fléchée ou celle d’une grosse totoche qui turlute. Plutôt, je m’étire vers ma tablette et je saisis une de ces anciennes reliques rondes, lisses et plates, je la déloge de son coffret en plastique et je l’installe dans son lecteur spécial. «Disque compact». Ça fait du bien de le dire. On se sent jeune, puis vieux tout d’un coup.

La musique qui y est contenue évoque le Sud; Cuba, plus précisément. Sur l’étiquette classique Naxos, l’album propose l’interprétation du guitariste Marco Tamayo d’oeuvres de divers compositeurs cubains dont l’essentiel Leo Brouwer, le maître et l’académicien Harold Gramatges, et l’ingénieur hydraulique «Nico» Rojas, qui, tout en ne considérant la musique uniquement comme passe-temps, est devenu un des guitaristes et compositeurs les plus influents de son pays natal. L’oeuvre que je partage ici, c’est celle de Carlos Fariñas, un prélude qu’il a composé pour le film russo-cubain de 1964 Soy Cuba. À sa sortie, la monumentale création de propagande communiste n’a été reçue que très tièdement par son public. C’est trente ans plus tard, au Festival International de Film de San Francisco, que des réalisateurs ont finalement réalisé la grandeur du film, de ses prises de vues mobiles et interminables, de ses mises en scènes qui respirent l’air de Cuba, de son traitement cinématographique nouveau. Du génie, quoi.

Scorsese et Coppola on fait une nouvelle sortie du film original en 2003; on y voit tant du contraste dans l’image noire et blanche saturée au maximum que dans la vie des «deux Cubas».

Et la chanson thème.

Farinas: Preludio for Guitar (Theme from Film Soy Cuba) – Marco Tamayo

Advertisements